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Voyage dans l’histoire canadienne: 100e anniversaire de la naissance de l’artiste Jean-Paul Riopelle | The Walrus – best today news

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Archival Clip – [Entrevue avec le peintre Jean Paul Riopelle en 1968] – Moi, J’espère toujours que le tableau que je fais fait la somme. C’est-à-dire, que c’est le plus beau, c’est le meilleur, c’est le définitif. Quand je le termine, je m’aperçois qu’il ressemble toujours à celui qui précède et définitif, ma foi. Bien, non? J’en attaque un autre quoi.

Ariane-Li Simard-Côté – Ce que vous avez entendu, c’est la voix de l’artiste québécois Jean Paul Riopelle. Ici, il s’adresse à Fernand Séguin à l’antenne de Radio-Canada en 1968, au sujet notamment de la diversité de son œuvre. Déjà un artiste immensément prolifique à l’époque. Personne ne pouvait imaginer l’impact de son œuvre sur l’histoire de l’art canadien et international.

Bienvenue à Voyage dans l’histoire canadienne, un balado qui explore les moments clés de l’histoire de notre pays, financé par le gouvernement du Canada et créé par The Walrus lab, je m’appelle Ariane-Li Simard-Côté.

Cet épisode se veut un bref survol de la carrière de Jean Paul Riopelle à l’occasion du centième anniversaire de sa naissance, souligné en grande pompe par la Fondation Riopelle et une constellation de partenaires dans le cadre d’un vaste programme de célébrations en 2023 à travers le Canada et à l’international.

Né à Montréal le 7 octobre 1923, Riopelle est l’un des artistes canadiens les plus importants du vingtième siècle. Peintre et sculpteur prolifique, son œuvre couvre une gamme variée de styles et de techniques. Dans ses premières œuvres, alors étudiant, la nature est omniprésente. Tout au long de pratiquement six décennies de carrière, son style évoluera.

Sa profonde révérence pour la nature, sa faune, sa flore et les vastes paysages canadiens inspireront un vaste corpus d’œuvres. Le catalogue raisonné de Jean-Paul Riopelle, dirigé par sa fille, Yseult Riopelle, constitue à cet égard l’ultime référence pour l’œuvre du maître.
L’ouvrage constitue un imposant travail de recherche et se veut un outil fondamental pour la connaissance et l’appréciation de l’œuvre de Riopelle. Depuis 1945, plus de 200 expositions individuelles ou collectives ont été consacrées à son travail. A celles-ci s’ajoutent les plus récentes expositions présentées dans le cadre des célébrations du centenaire de la naissance de Riopelle tout au long de l’année 2023.

Citons notamment l’exposition rétrospective du Musée des beaux-arts du Canada “Riopelle: à la croisée des chemins”, sous le commissariat de Sylvie Lacerte. L’influence de Riopelle va au-delà de son travail artistique puisqu’il est l’un des signataires du “Refus Global” dont on célèbre le 75e anniversaire en 2023.

“Refus Global” est un manifeste signé par 16 jeunes artistes québécois en 1948, dont Paul Émile Borduas, à qui nous devons le texte éponyme du manifeste. Ce document remet en question les normes culturelles et religieuses en vigueur au Québec à l’époque de sa publication. Il s’oppose à l’emprise de l’Église catholique romaine sur la plupart des aspects de la vie québécoise de l’époque. Certains attribuent à ce manifeste le rôle de catalyseur de la modernisation de la culture québécoise qui a conduit la province vers la Révolution tranquille.

Au micro de Radio-Canada, en 1990, Robert Guy Scully s’adresse à Riopelle concernant le fait d’être prolifique en disant “Vous disiez qu’après tout, si quelqu’un refait la même chose 2000 fois, c’est pas grave s’il le fait bien.”

Ce à quoi Riopelle a répondu.

Archival Clip – [Entrevue avec Jean Paul Riopelle dans son atelier en 1990] – Presque tous les peintres ont été très prolifiques. Quelques-uns n’ont fait que des chefs-d’œuvre. On disait Van Gogh quand il faisait les trucs de Arles. La nuit à Arles, c’était pour inviter les autres peintes à peintre de nuit. C’est lui qui a fait le chef d’oeuvre grand, mais lui, il ne croyait pas. Dire aux autres – Allez-y, peignez la nuit!

Ariane-Li Simard-Côté – Nous pouvons tous apprécier l’impact que Jean Paul Riopelle a eu sur la scène mondiale. Son empreinte artistique est immense. Les œuvres de Riopelle sont présentes dans 18 pays dans plus de 60 institutions publiques, par-delà six continents. Mais quel impact a-t-il eu sur ses contemporains et sur l’histoire de l’art canadien et international?

Pour répondre à cette question notamment, nous recevons Sylvie Lacerte. Elle est historienne et théoricienne de l’art et des musées. Elle est également commissaire invitée au Musée des Beaux-Arts du Canada, qui présente la grande rétrospective “Riopelle, à la croisée des temps”. Première rétrospective consacrée à l’artiste depuis 60 ans par l’institution.

Madame Lacerte Bonjour!

Sylvie Lacerte – Bonjour!

Ariane-Li Simard-Côté – Alors qu’est-ce que vous en pensez? Commençons par le commencement. Comment la carrière de Jean Paul Riopelle a-t-elle débuté en fait?

Sylvie Lacerte – Eh bien, avant le début de sa carrière. Les parents de Riopelle l’avaient envoyé prendre des cours de dessin et de peinture avec un monsieur nommé Henri Bisson.

Donc, c’est là qu’il a appris la peinture et le dessin et d’ailleurs il était très doué. C’était un très bon coloriste et il était un très bon dessinateur aussi. Monsieur Bisson, lui, était un peintre figuratif, naturaliste. Et, donc ,Riopelle a commencé comme ça dans sa jeunesse.

Son père a voulu qu’il s’inscrive à l’école Polytechnique pour avoir un vrai métier, donc ça a duré seulement une année, À la suite de quoi, il est allé passer un peu de temps à l’École des Beaux-arts de Montréal.

Mais on y enseignait de façon encore très académique et, par la suite, en 1943, il s’est inscrit à l’École du meuble de Montréal où il a rencontré son professeur qui est devenu son mentor, Paul-Émile Borduas, et où il a rencontré aussi Madeleine Arbour, Fernand Leduc et plusieurs autres avec qui il allait poursuivre une carrière avec Marcel Barbeau, avec qui il a loué un atelier.

Ils ont fait des expositions ensemble à Montréal. Et, dès 1946, Riopelle fait son premier voyage en France. Il a payé son trajet en étant palefrenier dans les cales du bateau. Et, donc, c’est un peu comme ça que ça a commencé. Mais ensuite il est retourné au Canada en 1948, ça a été le moment de Refus global avec le groupe des Automatistes.

Et puis, en fait, c’est Riopelle qui a incité Paul-Émile Borduas à rédiger un texte. Le texte du manifeste qui va devenir le manifeste parce que tous ses élèves à Borduas et lui-même évidemment, se sentaient vraiment étouffés dans le Québec, qu’on a appelé de la Grande Noirceur sous le gouvernement de Maurice Duplessis, qui était un ultraconservateur et sous le joug aussi de l’Église catholique.

Donc, le Québec à ce moment-là était vraiment refermé sur lui-même et donc les artistes n’en pouvaient plus. Et, Refus global a donc été rédigé par Borduas. Il y a certains textes qui se sont ajoutés. Et, puis, Riopelle a fait la couverture du manifeste avec un magnifique dessin à l’encre. Et, donc, c’est comme ça que ça a commencé et, ensuite, évidemment, il y a eu des expositions où Riopelle faisait partie du groupe des Automatistes qui avait été instauré par Paul-Émile Borduas, Paul-Émile Borduas qui a incité Riopelle à laisser la figuration naturaliste. Déjà, son ami Fernand Leduc, qui a aussi été signataire de Refus global, avait incité Riopelle à sortir du naturalisme figuratif en lui proposant de faire des choses un peu plus expressionnistes, si on peut dire comme ça… des paysages, notamment à Saint-Fabien-sur-Mer, dans le Bas-Saint-Laurent.

Et, donc, il y a eu 16 signataires de Refus global, incluant Borduas et Riopelle. Alors, voilà, c’est vraiment une étape importante. C’est comme ça un peu que sa carrière a commencé avec un coup d’éclat, ni plus ni moins, comme le fut Refus global.

Ariane-Li Simard-Côté – Hmm. Absolument. Ce sont des artistes d’influence qui se sont en fait influencés l’un l’autre, dans des ruptures, dans la forme, dans le propos. Donc, c’est assez majeur la rupture qui s’est effectuée par rapport au genre qui était pratiqué juste avant. Et avec cela est venu le Refus global, qui est un manifeste très, très important, qui a aussi fait l’objet d’une importante controverse.

Alors quel est le rôle de Riopelle dans le cadre de ce manifeste? Précisément en fait, puis l’enjeu de la controverse.

Sylvie Lacerte – Bien, en fait son rôle, comme je le disais tout à l’heure, a été d’encourager Paul-Émile Borduas à rédiger le texte du manifeste et d’être un des signataires et de faire la couverture du livret du manifeste.

Mais avec tous ses camarades aussi – parce que tous étaient… n’en pouvaient plus. Tous étouffaient en fait dans le Québec d’alors. Et c’est la raison pour laquelle ils ont été si véhéments dans le texte que… Borduas a été véhément et ce qui a entraîné aussi son licenciement de l’École du meuble à Borduas, donc il a perdu son emploi à Borduas parce qu’on était dans une société ultra conservatrice.

Alors, évidemment, le politique et l’Église se sont insurgés contre cette expression de liberté, – ni plus ni moins. Parce que ce que les artistes voulaient, eux, c’était d’être libres de s’exprimer et de créer, ce qui n’était pas vraiment possible dans cette période-là.

Ariane-Li Simard-Côté – Donc, il a été porteur de cette liberté, de cette parole de liberté qui était si choquante en fait.

Sylvie Lacerte – Oui, c’est ça en fait, ça a été un peu aussi, Refus Global a été un peu le préambule à la Révolution tranquille au Québec qui a commencé à avoir cours à la fin des années 50, début 60.

Donc, ça a été vraiment le choc qui a fait que les gens se sont réveillés d’une certaine manière. Et, puis, plusieurs personnes de la même génération que Riopelle, dans des domaines totalement différents, ont décidé de sortir de cette gangue dans laquelle les tenait le gouvernement de Duplessis et l’Église catholique.

Ariane-Li Simard-Côté – Riopelle le faisait à travers son art en art figuratif, donc c’est un plasticien. Il y a eu l’évolution de son genre. Vous en avez parlé au début, c’était plus figuratif, c’est devenu plus abstrait, voire surréaliste. Il est passé aussi de la peinture à la sculpture et même ensuite au travail sur papier. Pouvez-vous nous parler davantage de la progression du genre en fait, et ce qui a motivé ces transitions dans la forme?

Sylvie Lacerte – En fait, Jean-Paul Riopelle, dès les années 40, dès le début des années 40, s’est adonné à l’aquarelle et aux encres et aquarelle dès le début. Et ça, c’est une pratique qu’il a gardé presque jusqu’à la fin de sa démarche artistique. Donc, c’est ça qui est intéressant. Alors, évidemment, avec les œuvres de la période Automatiste, c’étaient des œuvres abstraites.

Et, en 1949, il était déjà Paris depuis quelque temps et il a peint un magnifique tableau qui s’appelle ‘le perroquet vert’ qui est de la période Automatiste. Et puis, dès 1950, il est passé à autre chose. Parce que quand il est arrivé à Paris, même s’il a été associé à des artistes du courant de l’abstraction lyrique, il n’a jamais voulu être inscrit dans un courant ou dans une école.

Il a voulu toujours travailler avec le plus de liberté possible. Et c’est à partir de ce moment-là qu’il a créé son style, pour lequel on le connaît beaucoup, celui des fameuses mosaïques des années 50. Dès après ‘le perroquet vert’ en 1950, il a commencé à créer dans cette manière-là, donc avec des empâtements et, puis, il y avait encore à ce moment-là des lignes en diagonale qui traversaient le tableau.

Et un peu plus tard, au début des années 50, les mosaïques en tant que tel sont arrivées sans les lignes qui traversaient le tableau et il a réalisé en 1954, par exemple, l’immense triptyque Pavane – Hommage aux nymphéas- qui est dans la collection du Musée des beaux-arts du Canada et qui est dans l’exposition aussi d’ailleurs.

Et c’est absolument phénoménal de voir, ce l’est encore d’ailleurs, de voir cette œuvre et sa monumentalité et puis le sens des couleurs qu’il avait, c’est vraiment extraordinaire. Puis, dans les années 50, il n’y a pas eu seulement les mosaïques, parce que plus vers la fin des années 50, son style commençait à changer.

Alors les petites touches qu’il appliquait au couteau à palette sont devenues des touches. Beaucoup – enfin des mouvements plus larges, toujours avec des empattements. Et où la forme a commencé à se détacher du fond. Et donc ça a donné un style tout à fait nouveau. Et, puis, on est autour des années 1958 et il continue à évoluer comme ça.

Et, puis, il s’adonne encore à l’aquarelle, à ce moment-là, il fait de magnifiques aquarelles qui sont très lumineuses, avec beaucoup de transparence. Et donc c’est un style tout à fait différent de la peinture à l’huile, beaucoup plus légère que la peinture à l’huile et c’est vraiment intéressant de voir la diversité de sa pratique déjà dans les années 50.

Et puis, quand on arrive dans les années 60, il commence à faire. Il commence à faire de l’estampe et, avec les chutes des estampes qui n’étaient pas choisies pour être encadrées ou montrées, il les découpait et a fait des collages, a fait plusieurs plusieurs collages. Vers 1967, il dessinait énormément.

Et c’est autour des années 60 qu’il a commencé à s’intéresser à la sculpture. Enfin, c’était ce que je voulais démontrer dans l’exposition, c’était la diversité de sa pratique et que ce n’était pas seulement le peintre des mosaïques des années 50 et c’était de montrer son évolution à travers les décennies de son parcours.

Ariane-Li Simard-Côté – Toute la richesse au final de son œuvre qui a exploré tant de genres différents. Ça montre aussi sa curiosité, vraiment une façon un peu insatiable d’explorer, de chercher, de rechercher, à créer un certain résultat par le médium, par différents médiums qu’il utilise.

Sylvie Lacerte – C’était vraiment… Moi, je l’ai qualifié dans le texte du catalogue d’explorateur visionnaire. Il voulait toujours aller plus loin. Il ne restait jamais assis sur ses lauriers. C’était un touche-à-tout. Il était curieux, il lisait beaucoup. C’était un homme très cultivé et donc il voulait aller plus loin. Il voulait se dépasser constamment, constamment et donc ne jamais rester confortable dans un style, même si c’était quelque chose qui avait eu beaucoup de succès. Lui, il voulait aller plus loin et explorer dans le cadre au-delà de ses limites. En fait.

Ariane-Li Simard-Côté – C’est assez impressionnant aussi, ce qu’il a réussi à faire comme artiste, justement à explorer tous ces médiums et d’ailleurs ces médias – médiums à explorer tous ces médiums.

Sylvie Lacerte – On peut dire médium avec un S.

Ariane-Li Simard-Côté – On peut dans ce contexte, je vais m’en assurer. Donc ça, ça a été assez extraordinaire ce qu’il a réussi à faire en explorant tous ces médiums et qu’en est-il du contenu en fait des sujets, qu’il abordait ces thèmes, est-ce qu’il y a eu autant de variétés dans les sujets où il restait autour des mêmes sujets? Qu’en est-il parce qu’il était très proche de la nature?

Sylvie Lacerte – Oui, la nature, la nature était très importante pour lui. Et, puis, il a toujours dit aussi qu’il ne faisait pas de peinture abstraite parce qu’il disait que d’abstraire quelque chose, c’est de prendre quelque chose. Et, donc, ce n’est pas d’enlever un objet, mais c’est le prendre et l’exploiter.

Alors, il disait toujours. Il disait toujours qu’il était il n’était pas devant la nature, comme les peintres du 19e siècle qui peignait à l’extérieur sur leur chevalet. Il disait qu’il était dans la nature. Et c’est vrai que quand on regarde les tableaux de Riopelle, surtout quand on regarde les grands formats, on est vraiment happé par le tableau et on est appelé et c’est comme si on était appelé à y entrer nous-mêmes en tant que qu’observateur que visiteur, donc c’est ce qu’il faisait.

Alors, il avait aussi une affection particulière pour le bestiaire, donc les animaux, les ours, les hiboux particulièrement. Au plus, au début de son travail, le hibou était vraiment son animal totémique. Il en a fait plusieurs versions dans ses sculptures. Mais ,en même temps, comme il a vécu à Paris, il aimait aussi la ville et il l’a démontré dans certains de ses tableaux comme 15 Chevaux Citroën, qui était une de ces voitures, c’est un amateur de voitures et c’est un amateur de vitesse. Il aimait conduire vite sur les routes et dans les rues de Paris aussi. Il y a un tableau par exemple qui s’appelle “Il était une fois une ville”, donc tout l’intéressait en fait.

Ariane-Li Simard-Côté – Donc, cet artiste qui était très curieux, qui a été tant passionné par des sujets comme la ville ou les voitures avait quand même une affection très forte pour les paysages canadiens, pour les animaux, aller dans le dans le grand Nord québécois comme ça pour rapporter sa perception de ce de ce qu’il a vécu, ce qu’il y a vu, son amour pour la lumière. Je crois qu’il y a un amour aussi. Il y a un amour. Il y a un amour spécifique pour les oies aussi, n’est ce pas pour les oiseaux, pour les oies? Vous me parlez davantage un petit peu de sa fascination pour les oies.

Sylvie Lacerte – Les oies en particulier parce que, comme Riopelle était un chasseur, il avait chassé l’oie en France aussi. Et quand il est revenu plus fréquemment au Québec à partir des années 70-80, il a vécu en France jusqu’en 1990, mais entre les années 70 et son retour définitif, il a fait quand même plusieurs allers-retours et il a découvert dans un de ses voyages l’Ile-aux-Oies, qui est dans l’archipel de l’Isle-aux-Grues, juste en face de la ville de Montmagny, sur le fleuve Saint-Laurent, à je dirais une heure et demie à l’est de Québec, sur la rive-sud où les oies s’arrêtent pendant leur migration au printemps et à l’automne.

Et, donc, il a été vraiment fasciné par les oies à un certain moment. Et donc, oui, jusqu’à la jusqu’à la fin de sa vie, jusqu’à la fin de sa carrière artistique qui s’est arrêtée au début des années 90, donc il était effectivement fasciné par les oies.

Ariane-Li Simard-Côté – Donc un artiste aussi extrêmement prolifique dans plusieurs genres. Et d’ailleurs son œuvre importante, très, très grande, très riche et diversifiée, a eu un impact dans l’histoire de l’art canadien en tant que tel. Dans le fond aussi par la valorisation qu’il a fait dans son approche, au territoire même et comme artiste canadien dans sa lecture du monde, dans sa vision des choses, dans sa prise de parole, influencée aussi par les artistes, par ses contemporains. Et donc, que signifie pour vous l’impact de Jean Paul Riopelle dans l’histoire de l’art canadien comme tel et international?

Sylvie Lacerte – Jean Paul Riopelle a fait des choses que personne n’avait jamais fait avant. Évidemment, on était aussi… Riopelle était un contemporain, des expressionnistes abstraits des États-Unis de l’école de New York. Et, donc, il y avait des idées semblables qui flottaient dans le zeitgeist. Mais Riopelle avait vraiment son propre style.
Et puis, ayant décidé d’aller vivre en France, il a énormément exposé en Europe. Il a été à la Biennale de Venise, il a représenté le Canada à la Biennale de Venise en 1954 dans une exposition collective et à nouveau en 1962 dans une exposition solo au pavillon du Canada.
Et donc, c’était vraiment un artiste hors du commun. Il était collectionné par les musées en Europe, mais aussi aux États-Unis au Canada. Il y a même de ses œuvres en Asie et en Australie. Donc, ces œuvres sont pas mal sur tous les continents.

Donc oui, c’est un artiste qui a été mondialement reconnu, c’est vrai, on ne peut pas en douter.

Ariane-Li Simard-Côté – En termes de faire une rétrospective de tout son travail, toute son œuvre. Vous travaillez à une grande exposition depuis bientôt trois ans au Musée des beaux-arts du Canada. Pouvez-vous nous parler d’avantage de l’intention de cette exposition précise et de votre expérience là-dedans?

Sylvie Lacerte – Oui. Oui, alors j’en ai parlé un peu tout à l’heure. Mais l’intention, c’était pour le musée. En tous les cas, c’était d’avoir quelqu’un qui pourrait avoir un regard neuf ou frais sur la pratique de Riopelle sur son corpus et c’était la raison pour laquelle il ne voulait pas avoir quelqu’un qui était déjà un spécialiste de Riopelle.

Donc, donc j’ai eu le bonheur et l’honneur d’être sélectionnée par le musée et étant surtout une commissaire d’exposition en art contemporain. Ça me permettait d’avoir un autre regard et ça m’a permis aussi de voir des œuvres que je n’avais jamais vues. Et lorsque je voyais ces œuvres-là, j’ai découvert quelque chose de vraiment extraordinaire et mon sens de l’émerveillement était vraiment très, très comment dire développé.

Alors, j’ai vraiment été émerveillée de voir la diversité de sa pratique et c’était ça que je voulais vraiment montrer tous les médiums, peinture, sculpture, sur papier, etc. Et de démontrer aussi l’héritage qu’il avait légué sur les générations qui l’ont suivi.

Et puis d’établir des dialogues non seulement entre les artistes d’aujourd’hui, mais aussi avec des artistes qui ont été ses contemporains comme Sam Francis, John Mitchell, Alberto Giacometti, Françoise Sullivan – qui a eu 100 ans cette année elle aussi d’ailleurs, et qui a été signataire de Refus global en 1948.

Alors, c’était tout ça. C’était pour montrer aussi cette curiosité insatiable qu’il avait cette soif de liberté de s’exprimer comme il l’entendait, et de toujours continuer à explorer, expérimenter que ce n’était pas quelque chose qui était… que sa démarche n’était pas linéaire.

Ariane-Li Simard-Côté – Et d’ailleurs, l’artiste qu’il est cette éponge, cet individu extrêmement curieux, comme vous le décrivez et comme son œuvre le reflète. Quelle est l’importance de cet artiste selon vous pour les générations actuelles et quelle place il occupe? Pas seulement dans cet imaginaire collectif et individuel.

Et oui, quelle est, selon vous la résonance de son œuvre même qu’on pourra voir en fait, quelle est la résonance de son œuvre à travers l’œuvre des artistes actuellement et des futures générations?

Sylvie Lacerte – Bien, écoutez, je pense que c’est assez visible dans l’exposition actuellement parce que j’ai sélectionné des artistes qui ont subi une influence ou une inspiration de Riopelle, les artistes d’aujourd’hui. Et donc, par exemple, il y a un sculpteur qui s’appelle Patrick Coutu, qui avoue avoir été influencé par la sculpture de Riopelle.

Sa sculpture est différente, mais on sent la parenté entre lui et Riopelle et d’autres et d’autres artistes. Je ne veux pas tous vous les nommer parce que je veux que les gens aillent voir les l’exposition.

Mais que ce soit aussi par des accointances métaphoriques entre deux productions d’artistes de différentes cultures et différentes générations qu’on découvre au fil des recherches parce que inutile de dire j’ai fait énormément de recherches avant pouvoir même penser à faire une sélection d’œuvres de Riopelle pour l’exposition.

Donc, je pense que c’est assez intéressant de voir les liens qu’occupent les artistes qui ont été ses contemporains et ceux qui nous sont contemporains aujourd’hui avec le travail de Riopelle. Donc, moi, avec mon regard en tout cas, j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup de liens entre son travail et celui des artistes d’aujourd’hui. Pas tous bien évidemment. Riopelle n’a pas fait de vidéos et de photos. Mais, néanmoins, dans d’autres médiums, c’est clair qu’il a laissé sa marque pour les générations qui ont suivi.

Ariane-Li Simard-Côté – Un grand merci à vous, Sylvie Lacerte. Merci à vous d’avoir partagé vos réflexions sur la vie et l’œuvre de Jean Paul Riopelle. Bravo de mettre en place cette grande exposition avec votre vision tout à fait fraîche et très rafraîchissante comme vous dites. J’espère vraiment que ça va donner aux auditeurs envie d’aller la découvrir cette exposition, même si on écoutera le podcast en rétrospective, d’aller voir aussi les legs et les traces, les artefacts de cette exposition que vous mettez en place, qui est d’une grande importance en ce moment dans le cadre des célébrations aussi autour de l’oeuvre de Riopelle.

Donc, merci pour votre travail. Merci pour votre approche et j’espère vraiment que ça laissera des traces justement et que ça va inviter les gens à découvrir ou redécouvrir cet artiste, approfondir la relation avec l’artiste avec son oeuvre et aussi de chercher un peu son legs et sa trace à travers l’oeuvre des artistes actuellement et qui crée notre identité culturelle québécoise et canadienne qui crée ce tissu social que nous sommes comme peuple.

Donc, vraiment, il a contribué à façonner ça à sa façon. Donc, merci à vous d’avoir fait… de contribuer à quelque chose d’aussi important par rapport à lui. Merci!

Sylvie Lacerte – Grand plaisir, Merci.

Ariane-Li Simard-Côté – Un grand merci à Sylvie Lacerte pour avoir partagé ses réflexions sur la vie et l’œuvre de Jean Paul Riopelle.

J’ai maintenant le plaisir d’accueillir notre deuxième invité sur ce plateau. Manon Gauthier, qui dirige la Fondation Jean Paul Riopelle depuis sa création en 2019 et agit à titre de commissaire générale des célébrations du centenaire.

Bonjour Manon, merci d’être avec nous.

Manon Gauthier – Ça me fait plaisir. Je suis ravie d’être avec vous aujourd’hui.

Ariane-Li Simard-Côté – Alors aujourd’hui, on se pose les questions suivantes: la création de la Fondation Riopelle est assez récente. Alors quelle est l’inspiration derrière sa création? En fait, quels en sont les objectifs?

Manon Gauthier – Effectivement, la fondation Riopelle a été créée en 2019, donc relativement récemment et l’inspiration derrière cette fondation est véritablement l’artiste lui-même. Riopelle rêvait de voir une fondation perpétuer son œuvre, rassembler artistes et artisans issus de toutes disciplines pour, disait-il à l’époque, sauver des métiers et des traditions qui, selon lui, risquaient d’agoniser avec le temps. Alors là, on remonte dans le temps à la fin des années 60, Jean Paul Riopelle évoluait à la Fondation Maeght, dans le sud de la France. L’une des premières et plus prestigieuses fondations de France, qui offrait des ateliers, des résidences si on veut, à des artistes.

Donc, c’est cette inspiration-là qui a permis à Jean Paul Riopelle d’émettre le souhait de voir son œuvre pérennisée. Il faut savoir aussi qu’en Europe, la création de fondation d’artistes est très très répandue. On a de très grandes fondations d’artistes tels que Giacometti, Miro, Calder, Picasso. Partout en Europe, on a vu évoluer.

Il en va de même pour les États-Unis aussi. Si on regarde la fondation de John Mitchell, entre autres. Donc, c’est ce rêve qui aura donné naissance plusieurs décennies plus tard et quelques 20 années après la mort de Jean Paul Riopelle, à la Fondation Jean Paul Riopelle, principalement effectivement pour assurer que son œuvre soit transmise, la connaissance de son œuvre les savoir-faire autour de l’œuvre de Jean Paul Riopelle. On l’a créé également pour commémorer toute sa carrière. On comprend ici qu’on a un artiste qui a évolué au-delà de pendant plus de six décennies de création, de renouveau artistique.

On a souhaité également, avec cette fondation, multiplier les collaborations culturelles.
Alors, un peu à l’image de Riopelle qui, lui-même, valorisait tous les métiers en lien avec les arts. On a souhaité rassembler une constellation d’artistes et d’artisans autour du grand projet du centenaire et finalement, c’est passé beaucoup en lien avec le développement d’une toute nouvelle génération d’artistes que nous avons voulu concevoir la Fondation Jean Paul Riopelle parce que c’est une chose de célébrer la carrière et la vie d’un artiste.

Mais il est tout aussi important pour nous d’assurer que, dans la transmission de ces connaissances-là, on met beaucoup le cap sur le développement d’une toute nouvelle génération et sur l’inspiration et l’intemporalité de l’œuvre de Jean Paul Riopelle. La Fondation Riopelle se voit aussi un peu comme un carrefour de la connaissance et de la transmission autour de l’immense legs artistique de Jean Paul.

Ariane-Li Simard-Côté – Vous avez conçu un vaste programme de célébrations dans le cadre du centenaire, qui est un des plus grands importants hommages jamais rendus à cet artiste canadien. Justement, comme on disait, pouvez-vous nous parler de ce programme? C’est quoi votre vision pour ces célébrations-là? Pouvez-vous nous en parler?

Manon Gauthier – Alors ce qu’on a souhaité faire avec les célébrations, c’est véritablement d’ancrer toute une constellation de partenaires et de programmes autour de l’œuvre de Jean Paul Riopelle.

Alors, on rend hommage à un artiste qui, toute sa vie et toute sa carrière, a célébré la culture et l’art canadien. La nature qui est fondamentale à toute l’œuvre de Jean Paul Riopelle, la faune, la flore, les grands espaces. Donc, c’est un artiste constamment en mouvement. C’est un artiste constamment ancré aussi dans les diverses disciplines artistiques. Donc, c’est un peu à l’image de Riopelle qu’on a souhaité créer ce vaste programme de célébrations, donc depuis 2019, on se consacre à rassembler les artistes, les artisans issus des milieux, évidemment des arts visuels. Les expositions sont fondamentales à ce grand projet. Il faut redonner à Riopelle la place qui lui revient dans nos musées, dans nos galeries, dans l’espace public, dans l’art public et dans l’histoire de l’art.

Mais on voulait aussi que les artistes d’autres disciplines, dont le théâtre avec le grand Robert Lepage qui a conçu une production inspirée de la vie et de l’œuvre de Riopelle.
Une production dramaturgique bien évidemment, avec le projet Riopelle.

La musique également, avec le grand projet Riopelle symphonique, la poésie, la littérature, le cinéma – avec des documentaires, des séries de courts métrages également, qui mettent de l’avant la relève. Toutes les disciplines artistiques y figurent. Les célébrations ont commencé à l’automne 2022, se sont amplifiées tout au long de 2023 avec des expositions aux quatre coins du Canada.

Il y a un grand projet qui s’appelle Dialogues Riopelle, qui a été déployé dans les treize provinces et territoires pour rejoindre les communautés et les artistes au cœur des collectivités.

Et, ensuite, se sont déployées toutes ces grandes célébrations. Je pense que le rêve aussi de la Fondation Riopelle, à cet égard là, était de renouer pour, de permettre aux populations des quatre coins du pays et à l’international, on arrivera à la France dans quelques secondes, de renouer ou de découvrir l’héritage et l’empreinte artistique de Jean Paul Riopelle sous toutes ses formes.

On parle d’un peintre, d’un sculpteur, d’un graveur, d’un amoureux des arts et d’un homme qui était très, très, très proche du peuple, des communautés dans lesquelles il a vécu et créé autant en France qu’au Québec.

Ariane-Li Simard-Côté – Quel est l’impact de Riopelle sur l’histoire de l’art canadien international?

Manon Gauthier -Mais quand on retrace la carrière et le parcours de Jean Paul Riopelle, c’est un important pan de l’histoire canadienne, québécoise et international aussi qu’on redécouvre. Il faut comprendre que Riopelle était l’un des rares artistes canadiens à se retrouver au carrefour du renouveau artistique d’après-guerre.

Donc, on assiste à une forme de renaissance qui nous raconte notre histoire. On assiste aussi. Il suffit de regarder après la guerre toute la mouvance artistique qui a amené par exemple en France, là où évoluait Riopelle dès les années 40. Là d’ailleurs où il a connu la gloire avant de revenir au Canada définitivement en 1990, qui ont eux aussi créé un manifeste Rupture inaugurale dont a été signataire Jean Paul Riopelle, mais Riopelle à son tour avec Paul-Émile Borduas et sous sa direction, avec le groupe des Automatistes, ont incarné cette soif, cette volonté de libération et d’affirmation.

Il faut se rappeler que Refus Global, le manifeste, ses écrits. et le mouvement Automatiste célèbrent aussi leur 75e anniversaire en 2023. Donc, c’est là où on vient marquer toute une époque. Et quand on regarde le parcours et l’histoire et le legs de Refus Global qui a été un passage pour les hommes et les femmes qui en étaient signataires. Il faut penser dans un Québec très répressif des années 40-50 et ainsi de suite où on a eu un groupe d’artistes qui ont ouvert la voie aussi à un renouveau, à un appel inconditionnel, à la liberté qui ont bousculé les fondements mêmes de la société québécoise.

Donc, quand on regarde les artistes de cette époque, c’est au-delà de l’œuvre. C’est l’impact qu’ils ont eu aussi sur la société, l’évolution et le développement. Et puis, moi, j’ose croire que Riopelle et les Automatistes et ces artistes de l’époque, hommes et femmes, ont ouvert la voie à la modernité et ont propulsé le Québec dans la modernité.

Donc, quand on veut mesurer l’impact de Riopelle sur l’art québécois, canadien et international. C’est un retour dans l’histoire. C’est une prise de conscience collective qui nous rappelle aussi d’où l’on vient. Et dans la société actuelle où nous vivons, il s’agit de se propulser dans le présent et dans l’avenir pour revoir aussi les priorités et les appels à la liberté auxquels on assiste aujourd’hui, de dire comment assurer dans le Québec d’aujourd’hui, on fait place à toutes les communautés, qu’on redonne aux femmes, aux Premières nations, à tous les artistes, la place qui leur revient dans l’histoire.

Donc en célébrant Jean Paul Riopelle, ce qu’on souhaite, c’est d’établir un dialogue entre le passé et le présent fort conscient que ce qu’on ravive. Ce sont des sujets qui étaient tout aussi importants à l’époque. Quand on parle de nature, d’environnement, de liberté créatrice, de migration, de mouvement, avec les priorités sociétales et culturelles d’aujourd’hui, alors c’est tout ça qu’on souhaite mettre en lumière quand on célèbre l’héritage de Jean Paul Riopelle

Ariane-Li Simard-Côté – Encore une fois, ça me touche beaucoup. Ayant aussi étudié l’histoire de l’art et ayant étudié le manifeste et le Refus Global, puis comme artiste, je sais que personnellement, ça m’a impacté beaucoup dans ma réflexion, dans mon approche. Puis, effectivement, je ne connais personnellement personne qui ne connaît pas le Refus Global ou, en fait, personne qui a étudié l’histoire de l’art ne connaît pas le Refus Global et même socialement, ça a été un impact tellement important et dans différents genres artistiques aussi, comme vous l’expliquez tant pour les hommes que pour les femmes.
Je suis curieuse d’avoir votre avis justement sur la pertinence actuellement, parce qu’en anglais, on dit “disrupting status quo”, on fait on fait une rupture avec le status quo. Je serais curieux d’avoir votre avis sur l’importance de ce propos, justement actuellement sur briser ou rompre avec le statu quo actuel.

On est en période de changement. On a vécu une pandémie, on assiste à des grands changements planétaires majeurs. Alors, selon vous, quelle est l’importance de poursuivre ce message, de revoir les schémas, revoir nos structures, notre ordre établi comme société qui est à travers chaque pays différent, chaque province, chaque lieu différent?

Mais cette rupture avec ce qui est déjà établi depuis longtemps avec ses traditions pour innover autrement. En fait, on continue constamment d’innover. Mais des fois il y a des plus grands sauts dans le temps, il y a des plus grandes ruptures que d’autres. Alors quelle est la pertinence actuellement de soutenir un tel message selon vous?

Manon Gauthier – En fait, je pense que c’est tout à fait l’image de Riopelle, lui-même grand provocateur, lui-même anticonformiste, lui-même inclassable, lui-même constamment à la recherche d’une réinvention, d’un renouveau. Que ce soit au plan de technique, que ce soit aussi au plan du mouvement, parce que Riopelle a été un des plus grands ambassadeurs aussi entre le Québec et la France.

Puis, regardons plus récemment, sa fille Yseult Riopelle a justement, a signé une grande exposition à la fondation Maeght, qui était un peu un retour à la source, là où tout avait commencé pour Riopelle, notamment avec, grâce à ses liens à la Fondation Maeght qui ont été impératif à la gloire que Jean Paul Riopelle a connu en France. Je pense que d’actualiser ce message et d’explorer le cas de Riopelle dans une réalité contemporaine.
Aujourd’hui, on peut rapidement regarder les artistes qui marquent à leur tour cette génération.

Donc, quand on parle de transmission bien, je pense que c’est de ça qu’il s’agit. Sylvie Lacerte le fait à merveille avec la grande exposition “Riopelle à la croisée des temps”, on ne pourrait pas souhaiter mieux comme titre. Bien, c’est justement de se dire ce qui était valide à l’époque. Et puis cette fougue Riopellienne, on la retrouve beaucoup dans les artistes aujourd’hui. On pense à des Caroline Monet, on pense à Marc Séguin, Manuel Mathieu et tant d’artistes qui, à leur tour, secouent les conventions, provoquent la pensée collective, la pensée artistique.

Riopelle a été contraint de se réinventer tout au long de sa carrière.

Alors là, nous, on a vécu une pandémie qui a ébranlé la planète, qui a aussi éprouvé tous les secteurs, bien entendu, mais les milieux culturels et qui nous a forcés en quelque sorte aussi à défier toutes les conventions pour trouver de nouvelles formes d’expression artistique et pour trouver de nouvelles formes pour partager et diffuser l’art sous toutes ses formes.

Donc, je pense que les célébrations du centenaire de Jean Paul Riopelle en sont aussi un témoignage. On a démarré ces célébrations-là dans un contexte de pandémie où bien des artistes ont vu leurs projets reporté ou carrément annulé. Et, là ,se faufile une fondation ambitieuse qui souhaite rendre hommage à un artiste qui a tout fait, qui a toujours fait les choses à sa manière et qui a toujours défié les conventions.

Donc, le résultat, c’est qu’il y a des centaines d’artistes et d’artisans qui se sont mis à l’œuvre et qui ont affirmé leur admiration et leur fascination pour Jean Paul Riopelle. Des dizaines d’institutions qui se sont elles aussi roulées les manches pour dire – Nous aussi on souhaite exprimer notre admiration pour Riopelle, mais actualiser son art et assurer qu’elle trouve écho avec les préoccupations et les priorités sociétales d’aujourd’hui.

Donc, le résultat, c’est que la constellation de projets de collaborations culturelles qui a été créée grâce à cette mobilisation canadienne et international me donne immensément d’espoir quant à l’importance qu’on accorde à nos artistes et quant à la reconnaissance de leur contribution à l’histoire, mais aussi au présent et à l’avenir de nos créateurs.

Ariane-Li Simard-Côté – Dans le fond, ce rêve de Riopelle qu’il porte depuis si longtemps et auquel tous se rallient au fait pour supporter ce rêve ensemble, et dont la fondation et permet de centraliser l’effort et de supporter de façon pérenne cet effort et son œuvre. Et cet effort collectif. C’est votre façon à vous de soutenir ce rêve là. Le rêve de Riopelle, c’est ça?

Manon Gauthier – Absolument, puis on le fait très humblement. Et, puis, on s’inspire encore une fois immensément de ce que sa fille Yseult Riopelle nous transmet, partage aussi avec nous et sa propre vision. Je pense que le catalogue raisonné d’Yseult nous a offert une ressource fondamentale pour bien comprendre, bien honorer, bien transmettre et chaque projet que nous faisons bien. Nous nous assurons aussi que ce soit à l’image de l’artiste, mais aussi dans le respect de la liberté inconditionnelle qu’il défendait. Et c’est ce qu’on souhaite transmettre aux générations actuelles et futures d’artistes de dire faites de l’art sans compromis, Créez! Sans frontières. Prenez des risques parce que quand on regarde l’art, quand on regarde tout ce plaidoyer qu’a défendu Riopelle toute sa vie, toute sa carrière, avec les Automatistes, avec les surréalistes, avec tous les gens qu’il aura croisés, de réinventer un peu la pensée et de repousser les frontières de l’art. Bien, je pense que ça en fait un moyen universel d’affirmation d’expression et de communication.

Ariane-Li Simard-Côté – Wow. Quelle œuvre magistrale! Encore une fois vraiment bravo à vous d’avoir eu l’énergie, la volonté et vraiment ce désir de soutenir à la fois l’œuvre d’un si grand artiste qui est partie intégrante de notre tissu social, de ce qui nous constitue aujourd’hui, il fait partie de notre histoire.

Cet artiste chercheur à sa façon, a façonné un peu le Canada que l’on vit aujourd’hui, le Québec et le Canada que l’on vit aujourd’hui et même le monde à sa façon, par son rayonnement international. Donc, vraiment, je dis chapeau à vous de mettre sur place une initiative d’aussi grande envergure et à mon sens aussi avec une telle pertinence et importance.

Et, donc, je vais vraiment inviter aussi ceux qui écoutent le podcast à aller visiter ce pavillon au Musée national des beaux-arts du Québec aussi de suivre les célébrations qui se déroulent sur trois ans ou aller revoir les fameux legs ou les artefacts qui vont rester de cette célébration-là, vraiment, ça a été un plaisir de vous avoir avec nous aujourd’hui.

Manon Gauthier. Merci beaucoup de nous avoir parlé de ce projet porteur.

Manon Gauthier – Je vous remercie infiniment pour l’invitation. Et, puis, on espère grandement que le legs de Jean Paul Riopelle continuera à inspirer les générations futures d’artistes partout à travers le monde

Ariane-Li Simard-Côté – Assurément, puis le rendre visible au monde telle que la Fondation Riopelle permet de le faire est assurément essentiel et vital à ce que à ce que son œuvre continue d’être visible aux yeux et accessible par tous.

Donc, bravo encore!

Manon Gauthier – C’est certainement l’objectif, merci beaucoup.

Ariane-Li Simard-Côté – Merci à vous.





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